Dans cet article
L'essentiel La loi algérienne n'oblige pas à héberger toutes les données dans le pays. Elle encadre strictement les données personnelles qui partent à l'étranger, et quelques cas imposent un hébergement local. La bonne décision ne se prend pas pour "l'informatique" en bloc : elle se prend donnée par donnée, en sachant ce que chacune contient.
Ce que la loi impose vraiment
Les données personnelles. La loi 18-07 du 10 juin 2018 protège les données des personnes physiques : clients, salariés, candidats, patients, usagers. Ses articles 44 et 45 encadrent leur transfert vers un pays étranger, qui relève de l'autorisation de l'Autorité nationale de protection des données à caractère personnel (ANPDP). La loi 25-11 du 24 juillet 2025, qui a modifié la loi 18-07, n'a pas changé ces deux articles. Elle a en revanche rendu obligatoires un délégué à la protection des données et un registre des traitements, qui doit mentionner les destinataires situés à l'étranger.
Concrètement, une messagerie, un logiciel de paie, un CRM ou une sauvegarde hébergés hors d'Algérie contiennent presque toujours des données personnelles. Les placer à l'étranger, c'est un transfert au sens de la loi.
Le commerce électronique. La loi 18-05 du 10 mai 2018 impose au fournisseur électronique un site hébergé en Algérie, avec une extension ".com.dz". Une entreprise qui vend en ligne à des clients finaux est concernée.
Les fournisseurs de cloud. Le cahier des charges de l'autorité de régulation des télécommunications impose aux prestataires de cloud autorisés en Algérie d'héberger leurs bases de données sur le territoire national. Choisir un hébergeur agréé localement, c'est donc s'assurer que les données restent dans le pays.
Les secteurs réglementés. Banques, assurances, santé et organismes publics ont leurs propres règles ou exigences contractuelles. Pour les organismes publics, le décret 26-07 sur la cybersécurité ajoute une exigence de contrôle sur leurs prestataires. Vérifiez le texte de votre secteur avant toute décision.
Toutes les données ne se valent pas
Avant de choisir un hébergement, il faut classer ce que l'on héberge. Un exemple pour une entreprise industrielle de taille moyenne :
| Donnée ou application | Données personnelles ? | Ce que cela implique |
|---|---|---|
| Site vitrine | Non, en général | Peut être hébergé où l'on veut |
| Messagerie | Oui | Transfert encadré si hébergée à l'étranger |
| ERP et facturation | Oui (clients, fournisseurs) | Transfert encadré si hébergé à l'étranger |
| Paie et ressources humaines | Oui, et sensibles | À garder en Algérie de préférence |
| Fichier clients et CRM | Oui | Transfert encadré si hébergé à l'étranger |
| Sauvegardes | Oui (copie de tout le reste) | Suivent la règle de la donnée la plus sensible |
La dernière ligne est la plus souvent oubliée : une sauvegarde externalisée à l'étranger transfère toutes les données qu'elle contient, y compris la paie.
Trois emplacements possibles
Pour chaque bloc, trois réponses existent, et elles ne sont pas toutes du cloud :
- Des serveurs locaux, hors cloud, dans vos propres locaux. Contrôle total, mais la sécurité physique, l'électricité, la climatisation, les sauvegardes et la maintenance sont à votre charge.
- Un hébergeur ou un cloud en Algérie. Les données restent dans le pays, l'exploitation est assurée par un tiers. Algérie Télécom exploite ses propres centres de données, et plusieurs opérateurs et hébergeurs proposent de la colocation et des serveurs virtuels.
- Un fournisseur international. Services les plus riches et les plus matures, mais transfert de données personnelles à l'étranger, donc autorisation de l'ANPDP, et facturation en devises, qui reste une contrainte réelle pour beaucoup d'entreprises.
L'État investit aussi dans ses propres infrastructures : le Centre national algérien des services numériques, à Mohammadia, a été inauguré le 5 juillet 2026. Il s'agit d'une infrastructure publique, pas d'une offre commerciale ouverte aux entreprises.
Le choix entre ces options suit la même logique que celui entre cloud public, privé ou hybride : il n'y a pas de bon modèle en général, seulement un bon modèle pour chaque usage.
Les questions à poser à un hébergeur algérien
Un hébergement local n'est pas fiable ou risqué par nature. Il faut le vérifier :
- Où sont exactement les serveurs, et où est faite la sauvegarde ? Une seconde copie sur un autre site est indispensable.
- Quelle redondance électrique et réseau : alimentation de secours, double raccordement, autonomie annoncée.
- Quels engagements de service : disponibilité, délai d'intervention, pénalités.
- Quelles certifications ou audits peuvent être présentés.
- Comment récupérer ses données en fin de contrat, dans quel format et dans quel délai.
Une méthode en quatre étapes
- Inventorier les applications et les données, y compris les outils adoptés par les équipes sans passer par l'informatique.
- Classer chaque bloc : données personnelles ou non, sensibles ou non, obligations sectorielles.
- Décider l'emplacement bloc par bloc, en documentant la raison, et en déposant une demande d'autorisation auprès de l'ANPDP pour ce qui part à l'étranger.
- Contractualiser : la localisation des données écrite noir sur blanc, la réversibilité, la notification des incidents.
Cette démarche est au cœur de nos missions de migration et d'hébergement cloud. Elle sert aussi de base à la sécurisation des données, parce qu'on protège mieux ce qu'on a localisé.
Questions fréquentes
Une entreprise algérienne peut-elle utiliser Microsoft 365 ou Google Workspace ?
Ce sont des services hébergés hors d'Algérie. Les courriels et les documents contiennent des données personnelles, donc le régime des transferts vers l'étranger de la loi 18-07 s'applique. La question à traiter est surtout réglementaire : autorisation de l'ANPDP, information des personnes concernées, inscription au registre des traitements.
Faut-il tout rapatrier en Algérie ?
Non. Un site vitrine sans données personnelles peut rester où il est. Ce sont la paie, les fichiers clients, la messagerie et les sauvegardes qui demandent une décision réfléchie, au cas par cas.
Des serveurs dans nos locaux, est-ce du cloud ?
Non. Des serveurs installés dans vos locaux restent une infrastructure locale, que vous exploitez vous-même. Le cloud désigne des ressources fournies et exploitées par un prestataire, en Algérie ou à l'étranger.
Sources : loi 18-07 du 10 juin 2018 et loi 25-11 du 24 juillet 2025 (Journal officiel n° 48), communiqué de l'ANPDP relayé par Radio Algérie, cahier des charges cloud de l'ARPT, APS.